Manager fière et fatiguée

08 Oct 2026

En pleine semaine de la santé mentale, le constat est désastreux. Les chiffres de récentes études donnent à réfléchir. Nos managers sont en mode survie. Et personne n’en parle. OK

Être fière de son job de manager, c’est bien. Mais être quasiment systématiquement fatiguée, ça l’est beaucoup moins. Quid de l’équilibre de vie pro/perso ? Quid des impacts sur la vie privée ? Quid des imapacts sur la santé du couple ? Quid des conséquences sur les enfants ?

Il ne s’agit pas « juste » de quelques personnes qui ont besoin de souffler. C’est tout un modèle qui est à revoir.

 

Fière et fatiguée, c’est une norme

Cette semaine, un chiffre m’interroge. Dans l’étude du Lab des Futurs d’Excelia, réalisée avec Ipsos auprès de 1 200 managers français, 90 % se disent fiers de leur rôle. Et dans le même échantillon, 51 % se déclarent fatigués, 34 % ressentent de la solitude, et 40 % se sentent « davantage utilisés que valorisés ».

Fiers et fatigués. Pas l’un ou l’autre. Les deux, en même temps. Si c’est ton cas, tu n’es pas bizarre, tu es dans la norme.

Octobre, le mois où la rentrée a fini de sentir bon

On est à cinq semaines de la rentrée. Les bonnes résolutions de septembre ont pris un coup de vieux. Les nouveaux objectifs sont tombés, l’équipe a repris ses petites habitudes, et les vacances de la Toussaint sont dans dix jours. Tu les vois au loin, comme une oasis dans un film.

C’est précisément le moment où beaucoup de managers que j’accompagne commencent à fatiguer pour de bon. Pas d’un coup. Par petites touches. Une réunion de trop, un mail de la hiérarchie qui demande « un point rapide » (il n’est jamais rapide à produire), un collaborateur qui lâche une phrase qui reste en travers.

Pourquoi on n’en parle pas

Dans la même veille, l’Apec rapporte que 39 % des managers craignent que parler de leurs difficultés nuise à leur carrière. Je l’entends en séance, quasi mot pour mot.

Martine, manager d’une équipe de huit personnes, m’a dit un jour : « Si je dis que je suis à bout, on va penser que je ne suis pas à la hauteur. » Elle tenait tout, elle avançait, elle souriait en réunion. Et le soir, elle n’avait plus rien pour ses enfants. Sa fatigue ne se voyait pas au bureau. Elle se voyait à la maison.

Quand on est manager, on a appris à être celle qui rassure. Alors on avale. On se dit qu’on est intelligente, forte, résiliente, donc qu’on doit pouvoir. Sauf que la résilience n’est pas un puits sans fond. Même l’âne le plus courageux finit par s’arrêter au milieu du chemin.

Ce que la solitude fait au management

Le chiffre sur la solitude me parle encore plus. Un manager qui ne se confie à personne finit par décider seul, y compris pour des choses qui ne devraient pas l’être. Il reprend des dossiers « pour aller plus vite ». Il n’ose pas déléguer parce qu’il n’a pas le temps d’expliquer. Il n’a plus le temps parce qu’il a repris les dossiers. Tu vois la boucle.

Résultat : l’équipe se désengage un peu, ce qui fatigue encore plus le manager, qui reprend encore plus de choses. On appelle ça un cercle vicieux, moi j’appelle ça une machine à laver sans bouton d’arrêt.

Trois petits gestes avant la Toussaint

Je ne vais pas te vendre une révolution. Voilà ce que je propose, à Martine comme à toi.

Nommer ce qui pèse, à voix haute, à une seule personne. Pas à toute l’équipe, pas à ta direction si le terrain n’est pas sûr. Un pair, une collègue d’un autre service, une coach. Dire « je suis fatiguée » à quelqu’un qui n’en fait pas un drame change déjà le poids de la chose.

Rendre un dossier. Un seul. Celui que tu as repris par réflexe et que quelqu’un de ton équipe pourrait porter, quitte à ce que ce soit fait autrement que toi. Autrement, ce n’est pas moins bien. C’est juste autrement.

Mettre un vrai créneau vide dans ton agenda. Pas « un créneau pour avancer sur le reste ». Un créneau où il ne se passe rien. Si ton agenda est une partition sans silence, ça ne ressemble plus à de la musique.

Fière ET fatiguée, c’est un bon point de départ

Si tu es fière de ton rôle, c’est que tu y tiens. C’est ta ressource. La fatigue, elle, n’est pas un défaut de fabrication. C’est une information : quelque chose dans ta façon de travailler, ou dans ce que l’on te demande, mérite d’être regardé.

Alors je te pose la question, sans piège : si tu devais n’alléger qu’une seule chose d’ici les vacances, ce serait quoi ? Et qu’est-ce qui t’empêche de le faire dès cette semaine ?

Écris-moi en commentaire ou en message privé. J’aime beaucoup ces échanges, et parfois il suffit d’une phrase posée à voix haute pour que ça bouge.

Sources : étude du Lab des Futurs d’Excelia avec Ipsos (printemps 2026), données Apec.

Donatienne Del Cos

Coach et formatrice, experte en régulation du stress et des émotions, Donatienne vous aide à développer une posture stable et confiante et à renouer avec votre vitalité. En milieu professionnel elle intervient auprès des dirigeants et des managers sur la communication interpersonnelle et la cohésion, la gestion de conflits et bien sûr, la régulation émotionnelle.

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