17 Sep 2026
La charge cognitive est souvent un obstacle à l’apprentissage. C’est comme l’ordinateur qui n’a plus d’espace dans le disque dur, qui n’a plus d’espace de stockage, il n’a plus assez de mémoire pour tout gérer. Il ralentit. Et bien pour nous c’est la même chose. Quand notre charge mentale est trop grande, l’apprentissage est plus lent. Et certaines méthodes actuelles, certains outils, prévus pour faciliter l’apprentissage, sont si complexes, qu’ils ne font qu’augmenter la charge et diminuer la rétention d’information …
Dans cet article je te propose une analogie avec les vacances et la façon de vivre les vacances.
Il y a la maison suréquipée. Trois télécommandes pour la télé. Une machine à café à sept réglages. Un portail électrique dont on ne retrouve jamais la notice. Le wifi qui capte partout sauf dans la chambre. On arrive détendu, et en deux heures on cherche comment éteindre l’alarme qui s’est déclenchée toute seule. Il y a aussi la piscine aussi. Il s’agit de veiller à ce que le robot fasse correctement son travail. Et bien sûr, il y a une climatisation qui est en mode automatique. Le méga confort !!
Et il y a la tente, un bon matelas, un bon oreiller. Un réchaud, une lampe frontale, et quelques ustenciles. Rien à paramétrer, rien à comprendre, rien qui clignote sans raison. la climatisation est 100% naturelle 😅, il n’y a pas de robot dans la rivière, et les seuls voisins sont les biches et les faons qui gambadent dans la forêt en face.
On imagine que la maison repose plus. C’est souvent l’inverse. Le confort, quand il s’accompagne de trop d’options, ne libère pas la tête. Il l’occupe.
Et c’est exactement ce qui se joue en formation. Plus on ajoute d’outils, de plateformes et de gadgets, plus on demande au cerveau de gérer l’intendance avant même de commencer à apprendre. À énergie dépensée égale, il reste moins de place pour le vrai sujet.
Un cerveau qui apprend, c’est un cerveau qui a de la place. Pas un cerveau qui jongle entre cinq écrans, deux mots de passe et une plateforme qui bug.
Chaque outil ajouté à une formation, aussi bien intentionné soit-il, grignote un peu de cette place. Se connecter. Retrouver ses identifiants. Comprendre l’interface. Se demander si on a bien coché la bonne case. Rien de tout ça n’apprend quoi que ce soit sur le management. Mais tout ça consomme de l’attention.
Et l’attention ne se multiplie pas à l’infini. C’est une jauge, pas un buffet à volonté. Si Martine dépense 30% de sa concentration à naviguer dans un module en ligne, il ne lui en reste que 70% pour réfléchir à sa situation d’équipe. À charge mentale égale dépensée, elle a appris moins. Pas parce qu’elle est moins impliquée. Parce que l’outil a mangé une partie du budget attention qu’elle avait ce jour-là.
C’est le même principe que le portail électrique en panne. Il ne repose personne. Il ajoute une chose de plus à gérer. Le cerveau, en vacances comme en formation, ne demande pas plus d’options. Il demande moins de bruit autour de ce qui compte vraiment.
On me dit souvent : mais avec une plateforme, on peut suivre la progression, mesurer, individualiser le parcours.
Mesurer quoi, au juste ? Le temps passé devant un écran ? Le nombre de clics ? Le fait que Martin ait bien avancé jusqu’au module 6 pendant sa pause déjeuner, un œil sur son téléphone qui vibre à côté ?
Une plateforme, aussi bien conçue soit-elle, ajoute une couche entre le manager et ce qui compte vraiment : sa situation réelle avec son équipe. Elle transforme un problème vécu, chargé d’émotion et de vrai enjeu, en contenu à consommer, découpé en chapitres bien propres.
Un contenu consommé seul, dans son coin, sans échange, sans reformulation, sans confrontation à d’autres vécus, ne fait pas bouger grand-chose. Il donne l’impression rassurante d’avoir fait quelque chose. On peut même sortir un joli chiffre en fin d’année pour montrer que 94% des managers ont « suivi » la formation. Sauf que « suivi » ne veut pas dire grand-chose, un peu comme la maison de vacances qui a l’air reposante en photo. En vrai, on y refait sa vie de tous les jours, juste ailleurs. Le décor a changé, pas le fond.
Et puis il y a l’autre option. Celle qui fait moins rêver sur une plaquette commerciale. Deux jours, en salle, avec des managers en chair et en os. Ou deux heures par semaine en visio. Pas de plateforme, pas de mot de passe à retrouver, pas de module à débloquer. Juste un manager avec ses questions, ses problématiques et son agenda, et un formateur.
Ça ressemble à rien de spectaculaire. Pas de tableau de bord, pas de badge, juste un vrai parcours individualisé. Juste un carré d’herbe, si on file la métaphore.
Et pourtant, c’est là que ça se passe. Parce qu’en formation, comme en camping, le minimum oblige à faire simple. Pas de plateforme pour se cacher derrière. Pas de vidéo à regarder passivement dans son coin. Juste le vécu de chacun, posé sur la table, et travaillé ensemble.
Dans une maison suréquipée, chacun finit dans son coin, sa chambre, son écran. Le confort individuel a tué le collectif. Dans une formation avec parcours individualisé, c’est pareil. On a supprimé deux choses, les plus utiles de toutes : le moment où Martine raconte un truc et où trois autres managers se disent « ah bah moi aussi en fait, je pensais être la seule » ou le moment ou le manager ose poser les vrais sujets, ceux desquels il n’avait jamais osé parlé. Une plateforme ne peut pas faire ça. Le face à face autour d’une vraie question, si.
Ce qui mobilise un cerveau, ce n’est pas l’outil. C’est l’enjeu.
Un exercice construit sur un cas fictif, avec un manager imaginaire qui gère une équipe imaginaire, ne mobilise presque rien. Le cerveau sait que ça ne compte pas vraiment. Il regarde ça avec la même intensité qu’un épisode de série qu’on laisse tourner en faisant autre chose.
Un exercice construit sur la vraie situation de Martine, avec son vrai collaborateur qui ne dit jamais non mais ne fait jamais oui non plus, change tout. Il y a un enjeu réel, une émotion réelle, une envie réelle de trouver une solution, parce qu’elle doit retourner gérer ce collaborateur lundi matin. Pas dans un scénario. Dans la vraie vie.
C’est là que se joue l’apprentissage. Pas dans la sophistication de l’outil. Dans la justesse de la situation travaillée, là où chacun amène sa vraie difficulté du moment! Et ça vaut infiniment plus qu’un parcours digital de plusieurs semaines rempli de cas d’école. Le cerveau ne fait pas semblant de s’impliquer quand le sujet est vrai. Et un problème résolu en groupe, avec des pairs qui vivent la même chose, reste gravé bien plus longtemps qu’une vidéo regardée seul, une oreille distraite.
La sobriété en formation n’est pas un manque de moyens. C’est un choix. La tente ne repose pas mieux que la maison suréquipée parce qu’elle manque de confort. Elle repose mieux parce qu’elle enlève tout ce qui n’est pas nécessaire. Le vide autour, c’est ce qui permet enfin de respirer. C’est la sobriété qui amène de la légèreté et qui redonne du temps.
En formation, c’est la même question à se poser à chaque outil, chaque module, chaque gadget qu’on pourrait ajouter : est-ce que ça sert vraiment l’apprentissage, ou est-ce que ça sert surtout à rassurer sur le fait qu’on a « fait quelque chose de moderne » ? Est ce que ça va aider Martine à mieux appréhender ce concept ou ça justifie un montant plus élevé…
Enlever la plateforme. Enlever le module théorique déconnecté. Enlever le cas fictif avec son manager qui s’appelle John et son entreprise qui s’appelle TechCorp. Garder l’essentiel : une formatrice (moi 😁), du temps, et les vraies situations que chacun porte en arrivant dans la salle.
À la fin, la question n’est pas de savoir si une formation a l’air impressionnante sur une plaquette, avec son tableau de bord et ses badges. La question est de savoir si Martin, en sortant, a vraiment plus de ressources pour gérer sa réunion d’équipe de mardi prochain. Si toute son énergie mentale a été mangée par la navigation dans un outil, il en reste moins pour la vraie réflexion. Si on lui a donné du temps pour se concentrer sur son vrai sujet, avec un formateur, sans écran entre lui et son problème, il a toutes les chances d’en sortir avec quelque chose de solide.
Ce n’est pas une question de moyens. C’est une question de priorité.
Ce n’est pas pour rien que ma devise est : « C’est parce que c’est simple que c’est puissant ! »
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On en parle ici.
Coach et formatrice, experte en régulation du stress et des émotions, Donatienne vous aide à développer une posture stable et confiante et à renouer avec votre vitalité. En milieu professionnel elle intervient auprès des dirigeants et des managers sur la communication interpersonnelle et la cohésion, la gestion de conflits et bien sûr, la régulation émotionnelle.
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